Moulins a vent de Penacova 2025 — Paysages — photographe Foto Fernando
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Paysages30 photos467 vuesmars 2026

Moulins a vent de Penacova 2025

- La mémoire perdure -

Au cœur du district de Coimbra, la région de Penacova est réputée pour ses paysages vallonnés, ses rivières sinueuses, son eau minérale, son plat traditionnel, le riz aux lamproies « Arroz de lampreia » et son riche patrimoine culturel. Parmi ses trésors, les moulins de Gavinhos et de Portela de Oliveira occupent une place particulière. Perchés sur les hauteurs, ils dominent les vallées et racontent une histoire séculaire : celle des hommes et des femmes qui ont su dompter le vent et l’eau pour assurer leur subsistance. Je vous propose de retracer un peu d’histoire de ces moulins à vent à travers mes images qui témoignent de leur beauté et de leur importance culturelle.


Contexte historique

Les moulins sont apparus dans la région dès le Moyen Âge, à une époque où la transformation des céréales était essentielle à la survie des communautés rurales. L’origine du mot moulin vient du latin « molinum », qui signifie moudre, broyer les céréales. L’homme préhistorique a inventé le premier système de broyage, qui fut ensuite perfectionné par les grecs et les romains. Les romains ont apporté dans la péninsule Ibérique leurs inventions dans le domaine du broyage, telles que de simples moulins à main, qui ont ensuite donné naissance à des dispositifs plus évolués actionnés par l’homme et l’animal, ainsi qu’aux moulins à eau et aux moulins à vent. La commune de Penacova est un territoire propice aux moulins à vent et à eau. Sa situation géographique, son altitude et ses conditions agricoles favorables confèrent à la région des caractéristiques uniques qui en font le berceau de l’une des plus importantes collections de moulins du pays. Des moulins à vent ont été trouvés sur les hauts plateaux de : Atalhada, Aveleira, Roxo, Gavinhos, Paradela de Lorvão, Portela de Oliveira et dans la localité d’Arroteia ; ainsi que des moulins à eau dans les rivières d’Alva, Ribeiras de Arcos, Carvalhais, Gondelim, Aveledo, Carvalho, Ameal, Lorvão et de Presa. Les moulins à vent, installés sur les crêtes, captaient la force des vents dominants pour actionner leurs ailes et moudre le grain. Les moulins à eau, quant à eux, profitaient du débit des rivières Mondego et Alva pour faire tourner leurs meules. Avec l’arrivée des minoteries industrielles au XIXᵉ siècle, ces moulins traditionnels ont progressivement perdu leur rôle économique. Pourtant, si on s’attarde un peu, à l’intérieur et tout autour de ces moulins … qu’on ferme les yeux un instant, on arrive presque à entendre le grondement de leurs ailes, tournant avec la force du vent, ainsi que le bruit des meules écrasant avec délicatesse le blé destiné à la population voisine … j’ai l’intime conviction qu’ils demeurent des témoins précieux d’un mode de vie disparu.

Les moulins de Penacova

Les sites de Gavinhos et de Portela de Oliveira ne comptent pas moins de 28 moulins à vent, construits en pierre, coiffés de toits coniques et équipés d’ailes en bois. Aujourd’hui, seuls trois ont été restaurés et un reste en activité, animé par le dernier meunier du village. Leur implantation sur les hauteurs offre une vue spectaculaire sur la Serra do Buçaco et la Serra da Aveleira, transformant le site en un véritable balcon naturel. Ces moulins ne sont pas seulement des outils de travail : ils sont devenus des symboles identitaires, rappelant la ténacité des habitants de Penacova face aux éléments. Ténacité et beaucoup de courage c’est ce qu’il fallait avoir chez les meuniers qui exploitaient ces moulins, car à leurs époques tout était fait par la force des mains et des bras… et parce qu’il faisait un froid glacial sur les collines en hiver, il ne faut pas croire que les moulins étaient chauffés. De même que ce n’était pas un camion qui venait chercher les stocks de farine fraichement moulue, et pour cause, il n’y avait pas camions et surtout, il n’y avait pas de routes, à cette époque il n’y avait que des petits chemins étroits qui se faufilaient entre les ronces, du moulin jusqu’aux villages… et donc c’est le meunier qui allait livrer la farine au village, à dos d’âne ou de cheval… heureusement pour eux, ils avaient des journées plus longues que nous aujourd’hui, ils avaient régulièrement des journées de minimum 18 heures… Je me rappelle encore, étant petit, de voir le meunier à dos de cheval, venir chez ma grand-mère en fin de journée, livrer un sac de farine brute (farine que ma grand-mère devait encore passer au tamis avant de faire le pain). Je veux profiter de cette occasion pour saluer la mémoire de tous ces meuniers penacovenses qui ont alimenté Penacova pendant des siècles, qu’ils ne soient jamais oubliés, un grand MERCI à eux.

En complément des moulins à vent, la région abrite également 18 moulins à eau (appelés azenhas), disséminés le long des cours d’eau. Ces moulins hydrauliques étaient particulièrement utiles en période de calme atmosphérique, lorsque le vent faisait défaut. Leur rôle était vital pour garantir une production régulière de farine et assurer la sécurité alimentaire des villages. Aujourd’hui, certains de ces moulins subsistent à l’état de ruines, tandis que d’autres ont été restaurés pour accueillir des visiteurs curieux de découvrir ce patrimoine.

Patrimoine et tourisme

Les moulins de Penacova sont désormais valorisés comme éléments du patrimoine culturel. Des initiatives locales ont permis la restauration de plusieurs moulins, et des visites guidées sont organisées pour sensibiliser les habitants et les touristes à leur histoire. Les sites attirent de nombreux visiteurs, séduits par la beauté des paysages et par l’atmosphère intemporelle qui s’en dégage. Préserver ces moulins, c’est préserver une mémoire collective et une identité rurale qui risqueraient autrement de disparaître. Le musée du moulin Vitorino Nemésio se trouve sur le site de Portela de Oliveira en plein dans le périmètre forestier de la chaine des montagnes Buçaco.

Ma conclusion

Les moulins de Penacova, à mes yeux, sont bien plus que de simples constructions en pierre et en bois. Ils incarnent la relation intime entre l’homme et la nature, entre le travail et la survie. Aujourd’hui, ils sont des témoins silencieux d’un passé révolu, mais aussi des acteurs d’un présent tourné vers la valorisation touristique et culturelle. Visiter Gavinhos et Portela de Oliveira, c’est plonger dans une histoire vivante, où chaque moulin raconte une page de la vie rurale portugaise.

Fernando RICARDO